Un ultime effort porta Alvarez jusqu’au pas de porte. A peine avait-il franchi le seuil de quelques coudées, qu’il se sentit défaillir. Il dut tout lâcher, et se laisser glisser malgré lui dans un état second, fiévreux, englué dans une douce mélasse.
Son esprit tournait encore, mais le corps ne répondait plus.
Alvarez n’était pas inconscient mais paralysé, plongé dans un rêve diffus, dont toute sensation physique avait disparu.
Il se sentait tout petit, seul dans les ténèbres.
Seul ? Non, il était au centre d’un cercle. Des animaux qui l’observaient de haut.
D’un côté il y avait le jaguar et le vautour, auprès d’un caïman et d’un serpent.
De l’autre, une énorme chauve-souris qui le fixait la tête en bas.
Et derrière la chiroptère assoiffée de sang, quatre silhouettes humaines qui restaient dans l’ombre.
Des voix résonnèrent dans le lointain :
- « C’est lui ? »
- « Oui, c’est l’un d’eux. »
- « Il nous entend ? »
- « Oui, mais il ne sait pas ce qu’il voit. Ni où il est. »
- « Qu’allez-vous faire de lui ? »
- « Rien… pour l’instant. Il faut d’abord qu’il trouve sa Voie…Quand il aura choisi, la Voie lui dira quoi faire. »
La chauve-souris déploya ses ailes et prit la parole en ricanant.
- « A moins qu’on ne le détruise avant… »
Glaciale, une voix de vieille femme ajouta derrière elle :
- « Vous pouvez comptez sur nous pour faire tomber les têtes ! Il n’y aura qu’un seul chemin. Le nôtre ! »
Puis une main squelettique sortit de l’ombre pour désigner Alvarez d’un doigt décharné. Cette fois, c'est une voix masculine qui railla d’un ton sépulcral :
- « C’est un des premiers. Mais il ne connaît pas son domaine. Contrairement à nous… Partout nous serons sur son chemin. Et quand il viendra nous affronter, nous serons prêts. Ça, je peux vous l’affirmer. Pouvez-vous en dire autant ? »
Les quatre animaux répondirent tour à tour :
- « Seule la destinée le sait. »
- « Mais attendez qu’il ait trouvé sa voie… »
- « Attendez que nos représentants fassent alliance… »
- « Et vos comparses commenceront à nous quitter ! »
A ce moment là, Rollo Lee fit irruption dans le cercle, une fleur violette à la boutonnière, avec une théière à la main (et un perroquet mort dans l’autre) !
- « Voudriez-vous un peu de thé cher ami ? Une infusion peut-être ? »
Puis Alvarez reprit peu à peu connaissance, retrouvant lentement contact avec chacun de ses membres engourdis.